Une récente étude de l’Autorité des marchés financiers (AMF) confirme que les investisseurs particuliers sont sensibles aux contenus diffusés sur les réseaux sociaux. Les plus jeunes le sont davantage, mais le phénomène dépasse largement cette seule catégorie d’investisseurs.
En réalité, nous sommes tous concernés.
Pourquoi les réseaux sociaux nous influencent-ils autant ?
Ce n’est pas forcément parce qu’un contenu est convaincant.
C’est souvent parce qu’il est répété.
Les psychologues parlent d’effet de simple exposition : plus nous sommes exposés à une information, plus nous avons tendance à la considérer comme crédible ou pertinente, même sans preuve supplémentaire.
C’est d’ailleurs l’un des mécanismes utilisés depuis longtemps dans la publicité… ou dans la propagande.
À force de voir les mêmes vidéos, les mêmes graphiques ou les mêmes témoignages de réussite, certaines idées finissent par nous sembler évidentes.
Pourtant, leur popularité ne constitue pas une preuve de leur pertinence.
Les « recettes miracles » reviennent toujours
Les réseaux sociaux fonctionnent par cycles.
Certaines idées deviennent virales pendant plusieurs mois avant d’être remplacées par les suivantes.
On retrouve régulièrement les mêmes thèmes :
- « Investissez uniquement en ETF »
- « Faites un DCA tous les mois »
- « La crypto est incontournable »
- « Les SCPI sont mortes »
- « L’immobilier est terminé »
Ces affirmations sont souvent présentées comme des vérités universelles.
Sans pour autant être toujours fausses, ces affirmations sont largement à nuancer.
Prenons l’exemple du DCA (Dollar Cost Averaging), qui consiste à investir automatiquement la même somme chaque mois, souvent sur un ETF répliquant un indice boursier.
Cette stratégie présente de nombreuses qualités et peut être particulièrement pertinente pour un investisseur de long terme.
Mais elle n’est pas une recette magique.
Son efficacité dépend notamment de votre horizon de placement, de votre capacité à supporter les baisses de marché, de votre patrimoine global et de la place que doit occuper la Bourse dans celui-ci.
Autrement dit, une bonne stratégie pour quelqu’un n’est pas forcément la bonne stratégie pour vous.
Une bonne réponse… à une mauvaise question
Nous observons régulièrement le même phénomène au cabinet.
Un investisseur prudent, qui nous explique ne pas supporter l’idée de perdre de l’argent, arrive pourtant avec :
- une forte exposition aux cryptomonnaies
- plusieurs ETF représentant une part importante de son patrimoine
- ou encore des investissements réalisés dans le crowdfunding sur la base d’une promesse de rendement
Pourquoi ?
Parce qu’à force de voir ces solutions mises en avant, l’espérance de gain a progressivement pris le dessus sur leur propre perception du risque.
Le problème n’est donc pas l’investissement lui-même.
Le problème est la proportion.
La plupart de ces placements peuvent parfaitement avoir leur place dans un patrimoine… à condition qu’ils soient cohérents avec le profil de l’investisseur et qu’ils représentent une part adaptée de son patrimoine.
En gestion de patrimoine, la question n’est jamais : « Quel est le meilleur placement ? »
Les réseaux sociaux cherchent souvent à répondre à une question très simple :
Quel est le meilleur investissement ?
En réalité, cette question est incomplète.
Le bon raisonnement consiste plutôt à se demander :
- Quels sont mes objectifs ?
- De quel argent pourrais-je avoir besoin demain ?
- Quel niveau de risque suis-je réellement prêt à accepter ?
- Quel est mon horizon de placement ?
- Quelle place ce placement doit-il occuper dans mon patrimoine ?
Le placement n’arrive qu’à la fin de cette réflexion.
La même logique pour les chefs d’entreprise
Nous retrouvons exactement le même phénomène chez les dirigeants.
Les réseaux sociaux regorgent de contenus expliquant qu’il faudrait absolument passer en SAS plutôt qu’en SARL, se rémunérer uniquement en dividendes ou encore privilégier telle ou telle optimisation fiscale.
Ces sujets reviennent sans cesse.
Pourtant, ils sont souvent analysés uniquement sous l’angle de la fiscalité immédiate.
Or la bonne question n’est pas uniquement :
« Combien vais-je payer d’impôt cette année ? »
Il faut aussi s’interroger sur :
- la protection sociale
- la retraite future
- la capacité d’emprunt
- la transmission
- la stratégie patrimoniale globale
Là encore, une réponse pertinente ne peut jamais être universelle.
Les réseaux sociaux donnent des idées. Un conseiller leur donne du sens.
Les réseaux sociaux sont une formidable source d’information.
Ils permettent de découvrir de nouveaux placements, de nouvelles approches ou de nouveaux concepts.
Mais ils ne connaissent ni votre patrimoine, ni votre situation familiale, ni vos objectifs.
Notre rôle n’est pas de vous dire que les réseaux sociaux ont tort.
Il est de remettre chaque idée dans son contexte, d’en mesurer les avantages, les limites et surtout de vérifier si elle est réellement adaptée à votre situation.
Car en matière de patrimoine, ce n’est pas le meilleur produit qui fait la meilleure stratégie… c’est celui qui est adapté à vos objectifs, à votre horizon et au risque que vous êtes prêt à accepter.


